Communauté Catholique
Francophone
de Nairobi
   Accueil      Voyage du pape au Kenya

 
 

VISITE DU PAPE FRANCOIS A NAIROBI


A l’occasion de la venue du pape François au Kenya du 25 au 27 novembre 2015, plusieurs membres de notre communauté ont accepté de répondre aux questions posées par la Conférence des Evêques de France. Voici cet interview :


- Qu’attendez-vous de la visite du Pape François au Kenya ?

 

Djesika : J’aimerais voir le Pape de mes propres yeux. Mais plus sérieusement, j’attends un renouvellement dans ma vie de foi et de prière. Après tout, il est le successeur de Pierre, son message est directement lié au passage de Jésus sur la terre ! Et j’espère que nos dirigeants écouteront et appliqueront son message de paix, de vie simple, d’anti-corruption et de joie.

 

Thibaud : Pour cette première visite pastorale d'un Pape du nouveau monde en terre africaine, j'espère que le Pape François va pouvoir dynamiser la communauté catholique kenyane. La religion catholique au Kenya n'est pas majoritaire et souffre certainement de son complexe d'infériorité par rapport aux églises protestantes et évangéliques, il est important de s'en décomplexer et de promouvoir le message œcuménique de l'unité des chrétiens. Le message de Paix et d'unité de notre Pape est aussi très attendu dans notre pays d'accueil qui est en guerre contre les milices Shebab en Somalie et qui a souffert du terrorisme islamiste radical. 

Notre Pape est un réformateur et il sait parler franc, j'espère aussi à titre personnel qu'il pourra se prononcer et trouver une doctrine appropriée concernant l'utilisation des préservatifs comme moyen d'endiguer le fléau du Sida en Afrique.

Enfin, le Pape François a pu montrer récemment son influence en tant que leader parmi les grands leaders politiques : j'espère qu'il se prononcera et sera écouté sur des sujets comme la corruption, la condition de la femme dans la société kenyane et les risques d'une société trop polarisée par les origines ethniques.

 

Marie-Céline : Tout d'abord, j’attends de la bienveillance et de l'humanité vis-à-vis des plus pauvres et des femmes. Les bidonvilles sont très grands et souvent vraiment très pauvres. Je pense que les habitants de ces quartiers ont besoin de sentir qu'ils existent aux yeux de quelqu'un. Les femmes surtout y vivent dans une insécurité permanente. Ils sont souvent oubliés, sauf pendant les périodes électorales, bien sûr. C’est donc une excellente chose que le Saint Père se déplace personnellement dans le bidonville de Kangemi.

De plus, Le Pape François pourrait rappeler aux Kenyans qu'il ne devrait pas y avoir de décalage entre ce qui se dit le dimanche à l'office ou à la messe et leurs actions quotidiennes. En effet, beaucoup de problèmes sont résolus par la violence, même en famille. Et pourtant, au Kenya, Dieu est partout : sur les bus, les murs, dans leur vie. C'est assez paradoxal d'ailleurs !

Ensuite, le Pape pourrait leur rappeler qu'il n'existe qu'un seul Dieu. Que l'argent n'est pas le second Dieu. Avec toutes les conséquences que cela entraine sur la corruption, le vol, la gestion des affaires, et surtout le partage. A force de vouloir faire de l'argent à tout prix, beaucoup de Kenyans vont y perdre leur âme. 

Enfin, François pourrait faire un rappel à l'ordre aux autorités kenyanes, en leur disant qu'il ne peut y avoir d'union nationale sans reconnaître ses torts, même si c'est le père de l'actuel président qui les a faits. Le grand libérateur Jomo Kenyatta, à la tête des Kikuyus, a volé beaucoup de terres après l'indépendance aux autres tribus de ce pays. Et je sens qu'il ne pourra y avoir d'entente nationale entre toutes les tribus sans remettre tout à plat. 

 

Eugénie : Le Kenya fait partie des pays qui, ayant subi des attentats terroristes, est  en alerte permanente contre les terroristes Shebabs qui  attaquent essentiellement les Chrétiens. La visite du Pape au Kenya va apporter de l’espoir et susciter plus que jamais en nous, chrétiens, les valeurs de partage, de pardon et la force de ne pas céder à la peur.

En outre, nous avons aujourd'hui un Pape miséricordieux pour qui la souffrance des plus pauvres importe. L'Afrique est sans nul doute le continent le plus pauvre ; on peut donc s'attendre à ce que sa venue en Afrique, et plus particulièrement au Kenya, soit un moyen de mettre en lumière ce continent et d'attirer sur lui le regard du monde occidental.

Depuis Vatican II, on parle de « la liturgie de la liberté » ; on voulait ainsi rapprocher l’Église de ses fidèles. La venue du Pape en Afrique permettra, sans aucun doute, de faire ce rapprochement. Je ne serai pas étonnée si, à la suite de cette visite, la communauté catholique kenyane accueillait de nouveaux fidèles. 

 

Damien et Gwenaëlle : La venue du Pape François au Kenya est surtout pour nous un grand moment de Joie à partager avec les catholiques du pays et plus largement avec les chrétiens. 

 

- Comptez-vous participer à cet évènement et si oui, comment ?

 

Djesika : Je compte surtout le voir à la télévision et aller l’acclamer quand il viendra dans notre paroisse (nous avons la chance de dépendre de la Paroisse Saint Austin où le Pape viendra pour une rencontre avec le clergé kényan et notre curé a obtenu l’autorisation de laisser les paroissiens entrer dans les jardins de la paroisse pour accueillir le Pape).

 

Thibaud : Tout d'abord par mon travail, en tant que responsable technique de l'opérateur téléphonique principal au Kenya, j'ai la responsabilité d'assurer que tout se passera bien pour le public, la presse, la délégation quant à l'utilisation d'internet et des réseaux mobiles pendant la visite du Pape.

La Communauté Catholique Francophone de Nairobi (CCFN) est rattachée à la Paroisse Saint Austin où le pape rencontrera le clergé kényan jeudi 26 novembre après-midi. Ce choix n'est pas anodin, car cette paroisse est la première paroisse catholique fondée au Kenya en 1899 (première au sens de l'évangélisation moderne de l'Afrique bien sûr). Cette paroisse a d'ailleurs été fondée par des Pères Spiritains Français venus en mission depuis Zanzibar (Emile Allgeyer entre autres). En tant que paroissiens de Saint Austin, nous aurons donc la possibilité d'accueillir le Saint Père lors de son passage.

J'essayerai également de me rendre à la rencontre des jeunes le vendredi 27 novembre au matin pour y accompagner mes enfants.

 

Marie-Céline : Je pensais pouvoir assister à la messe, mais cela va m'être impossible. J'organise avec des amies une levée de fond importante au profit de l'AMREF-Healthcar Africa le vendredi 27 novembre, pour payer la formation de sages-femmes dans le pays. Le taux de mortalité infantile est très élevé au Kenya. Lorsque nous avions choisi cette date, nous ne savions pas que le Pape François allait venir en même temps. Mais je vais l'écouter via les médias et lire ses discours. 

 

Eugénie : Oui, j’y compte. Je sensibilise aussi les différents groupes dont je fais partie à aller applaudir et écouter  le Pape. Je voudrais prendre part à certaines des rencontres qu'il présidera (si les conditions de sécurité très strictes imposées par le gouvernement kenyan me le permettent) et apporter ma contribution matérielle à l'organisation de la venue du Pape.


Damien et Gwenaëlle : Par le biais de notre communauté paroissiale, répondre à l'invitation du Pape était pour nous primordial. Nous vivons cette venue comme une grande chance et sommes heureux de témoigner de notre Foi au reste du monde.


- Pouvez-vous expliquer les enjeux et défis de votre vie de foi dans le contexte où vous vivez maintenant, loin de votre pays d’origine ?

Djesika : Il y a un besoin constant de s’ouvrir aux autres, de se faire de nouveaux amis et de retrouver ses marques religieuses et spirituelles, puisque nous n’avons plus accès aux mêmes réseaux de famille et d’amis et aux mêmes habitudes que dans notre pays. La foi a besoin d’être nourrie mais, par bonheur, l’Eglise Catholique est la même dans notre pays d’origine ou ici au Kenya. Donc, les structures restent semblables. Mais, bien que je parle bien anglais, je préfère prier en français. D’où l’importance de la Communauté Catholique Francophone de Nairobi où je vais régulièrement à la messe et dans laquelle je suis impliquée comme secrétaire adjointe.

 

Thibaud : Comme indiqué ci-dessus, nous avons ici la grande chance d'avoir une paroisse catholique francophone, ce qui nous permet de vivre notre foi dans notre langue. C'est un immense atout, surtout concernant le chemin de foi de nos enfants. Nous avons une messe dominicale, des œuvres sociales, un catéchisme et tous les sacrements. Il n'y a donc pas de défi particulier, plutôt une richesse à partager la vie de notre communauté avec d'autres francophones congolais, rwandais, camerounais, togolais... 


 

Marie-Céline : Je trouve que, concernant les actions de partage, ma vie de chrétienne est beaucoup plus facile ici. Tellement de personnes ont besoin d'une aide. Il est très facile de mettre en œuvre le partage, la solidarité. Il suffit d'ouvrir les yeux, de parler avec les gens, de s'arrêter et de les écouter. Mais il y a aussi un danger à s'y perdre car la pauvreté est un puits sans fond et je ne peux pas non plus aider les gens malgré eux. L'aide ne peut être bénéfique qu'avec l'éducation. 

En revanche, je vis des moments difficiles lorsque des problèmes arrivent dans ma famille en France, et que je ne suis pas là pour aider et écouter mes proches. J'ai 2 enfants ici et 2 autres qui vivent près de Paris. Après les récentes attaques sur notre capitale, j'ai senti une grande détresse et je n'étais pas avec mes enfants pour les entourer physiquement de mon affection. C'est dur. C'est la famille qui en pâtit le plus. Et ce fut la même chose pour eux lorsque nous avons eu l'attentat sur Wesgate à Nairobi il y a 2 ans.


Eugénie : Le fait que le Kenya soit un pays chrétien n’a pas causé d’énormes difficultés dans la pratique de ma religion. Le seul problème qui pouvait se poser aurait été la langue. Mais celui-ci s’est rapidement résolu grâce à l’existence d’une Communauté Catholique Francophone à Nairobi.


Damien et Gwenaëlle : Être catholique loin de son pays d'origine, c'est ressentir la dimension universelle de l'Eglise et découvrir sa richesse infinie. Ici au Kenya, nous sommes touchés par la simplicité des gens pour parler de leur Foi et avons redécouvert la profondeur de la louange qui porte nos prières.